LES JEUNES GRECS PROFESSIONNELS DE PARIS

Interview de Yorgos Lathimos

Bonjour Yorgos, merci d’avoir accepté de nous rencontrer. Tout d’abord, qu’est-ce qui vous a inspiré pour ce film ?

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C’est une réflexion générale sur la famille, le cercle familial et plus particulièrement les familles actuelles, où beaucoup de mères élèvent seules leurs enfants. Je voulais approfondir la réaction de quelqu’un qui chercherait justement à protéger ce cercle familial à tout prix, et des problèmes que cela pourrait engendrer. L’éducation a ses limites et peut amener à la manipulation, ce qui est effrayant quand on y pense. Voilà ce qui a donc été la source de mon inspiration.



Pourquoi donner tant d’importance aux scènes sexuelles dans le film ?

Je pense que le sexe fait partie intégrante de la vie de chacun et qu’il dirige quelque part les relations entre les gens. Dans le film justement le sexe est conçu comme une nécessité, un besoin primaire à satisfaire, c’est également pour cette raison qu’il n’y a pas de sentiment dans les rapports sexuels des personnages.
L’image du père qui choisit quelqu’un pour satisfaire son fils vient du fait que dans le scénario, le choix de l’éducation faite par les parents est un choix tragique par défaut, et non logique. Et ça ne marche pas d’ailleurs.

Pourquoi les scènes sexuelles n’ont pas été plus intenses et plus nombreuses alors ?

C’est marrant parce qu’il n’y a que les journalistes grecs qui me posent cette questions !
Personnellement, je n’ai pas souhaité mettre plus l’accent sur ce type de scènes afin de ne pas faire tomber le film dans une forme de perversité sexuelle. C’est un thème certes récurrent et qui pose problème, mais ce n’est pas l’essence du film.

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Comment a été perçu le film en Grèce ?

Il a eu de très bonnes critiques et les journalistes grecs ont aussi bien communiqué dessus depuis le festival de Cannes. Sa promotion est faite principalement à travers les nombreux prix reçus dans les festivals internationaux ( Montreal, Berlin etc..)
On en est maintenant à la 7è semaine de diffusion dans 2 salles uniquement et le film a fait plus de 20 000 entrées donc c’est excellent compte tenu de l’audience des films grecs en Grèce ! Le fait que le film soit diffusé dans 2 salles seulement est un choix pleinement réfléchi, de cette manière, il reste pour le public cinéphile et crée la demande.

D’ailleurs avez-vous participé au festival du film de Thessalonique ?

Non, et pour cause. Une petite révolution des cinéastes grecs s’opère actuellement. Le constat vient du manque de moyens, de lois, de conditions, de cadrage général de la profession.
Les cinéastes grecs ont décidé de s’allier contre l’immobilisme existant et le manque de subventions. Le cinéma grec actuel est régi par une loi qui date de 30 ans et qui n’a pas été actualisée !

Avec d’autres cinéastes grecs comme Gavras par exemple, nous avons pris la décision de ne pas participer cette année au Festival International du Film de Thessalonique.
Beaucoup de jeunes cinéastes ont suivi le mouvement sachant que pour eux, cela représente également un gros sacrifice car ils ont énormément besoin de la communication autour du festival de Thessalonique ! Mais ils espèrent que ce mouvement interpellera le plus grand nombre et que ce sacrifice sera payant et que le gouvernement prendra ces revendications au sérieux.

Vous attendiez-vous à recevoir ce prix à Cannes ?
Non et ce fut une immense surprise pour toute l’équipe. La participation à la sélection « un certain regard » a été également une grande fierté, Canine rejoignant désormais la catégorie des films d’avant garde !

Je dois dire aussi que le film a eu énormément de bonnes critiques de la part des journalistes internationaux, ce qui est très bien !

Le film est-il une métaphore de la Grèce ?
En fait ce film présente une grande ouverture et que chacun peut l’interprèter différent suivant sa propre expérience, et c’est exactement ce que je voulais faire. Certains le comparent à la dictature ou le fascisme, ou même encore au « home schooling » qui est un phénomène de société actuel aux Etats Unis.

Chacun peut donc se faire une propre idée du film à travers sa personnalité.

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Quel travail avez-vous effectué avec les acteurs ?
Je voulais qu’ils ne rentrent dans aucun rôle prédéfini ou rigide. Je voulais qu’ils restent tout le temps en action sur le tournage, qu’ils jouent, qu’ils oublient un peu le travail d’acteurs très académique, qu’ils soient tout simplement présents !

Mon souhait était qu’ils jouent avec innoncence, comme des enfants, et cela est plutôt réussi!

A la fin, que se passe-t-il ? Qu’arrive-t-il à la jeune fille ?

Il n’y a pas de fin à proprement parler, là encore chacun peut s’imaginer sa fin, heureuse ou pas, selon sa vision des choses. Et je ne veux pas rentrer dans des suggestions non plus, à savoir qu’est-ce que j’aurais voulu qu’il se passe. Si quelque chose devait se passer alors ça aurait été dans le film. Ainsi on est plus libre de réfléchir à comment cette jeune fille pourra survivre seule et naïve dans un monde nouveau.. si elle s’en sort !

Interview réalisée le 16 novembre 2009 par Christina Mavridis / Cécile Le Guen

The Greek-Paris team

Auteur de cet article : The Greek-Paris team

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