LES JEUNES GRECS PROFESSIONNELS DE PARIS

Les exilés de la crise: des migrants d’un nouveau genre (Les Inrocks)

Diplômés mais au chômage dans leur pays, ils ont choisi la France pour s’en sortir. Témoignages.

Ils s’appellent Alexandros, Eleni, Teresa et Graça, ont entre 23 et 35 ans. Ils sont respectivement grecs, espagnole et portugaise, mais auraient pu être irlandais, slovaques, polonais ou italiens. Comme certains de leurs parents ou grands-parents, ces jeunes travailleurs européens ont pris la route à la recherche d’une vie meilleure. Les grandsparents d’Alexandros ont fui la guerre civile pour s’installer au Canada avant de rentrer au pays dans les années 90. “Leur meilleure chance était de partir, comme moi !” Alexandros fuit, lui, une Grèce broyée par le système économique mondial.

Depuis 2007, la crise financière frappe plus sévèrement les pays du sud de l’Europe. Selon Eurostat, le taux de chômage des Grecs de moins de 25 ans est passé de 23 % en 2007 à 46,6 % en septembre 2011. En novembre 2011, 49,6 % des jeunes Espagnols étaient au chômage, contre 22,9 % de la population active. Et, contrairement à ce que l’on observe en France, les plus diplômés sont aussi les plus visés.

Alors combien sont-ils à sauter le pas ? Difficile de chiffrer ces flux migratoires intra-européens. Le service statistique national hellénique avoue ne pas avoir collecté de données sur le sujet. Mais les indicateurs sont là : au consulat grec, on a remarqué l’explosion de CV européens préparés par des Grecs en recherche d’emploi : plus de 100 000 en 2011, contre 46 000 l’année précédente.

Eleni 33 ans, Grecque diplôme d’économie, garde des enfants

“A Athènes, je travaillais dans un hôpital en tant que manager. Mais, sans emploi depuis un an, j’allais perdre mes allocations chômage. J’ai décidé de venir à Paris parce que j’y ai des amis et qu’il me semblait plus important d’être entourée que de parler la langue. En plus, j’aime beaucoup cette ville.

Je suis arrivée le 12 octobre 2011, très excitée, pour un job de nounou à plein temps. J’avais eu des échanges avec “ tout est une question d’énergie : si tu dégages quelque chose de positif, on ne te repousse pas” les parents sur Skype et par mail, j’avais vu les enfants, le contact était bien passé. Nous devions nous rencontrer le jour de mon arrivée et je devais commencer le lendemain. En descendant de l’avion, je les ai appelés pour confirmer le rendez-vous et là ils m’ont dit qu’ils ne voulaient plus travailler avec moi, qu’ils avaient essayé de me joindre le matin même mais que je n’avais pas répondu. Je leur ai demandé s’ils réalisaient que j’avais quitté mon pays pour ce travail mais ils s’en fichaient. Ils ne m’ont donné aucune raison mais c’était évident qu’ils avaient trouvé quelqu’un d’autre.

L’ami qui devait m’héberger jusqu’en décembre s’est mis à paniquer à l’idée que je n’aie pas de travail et sa copine s’est d’un coup aperçu qu’elle était jalouse. Plus de job, plus d’appart : la crise ! J’ai quand même décidé de rester et je me suis débrouillée en adoptant le couch surfing (squat de canapé – ndlr). Je ne connaissais même pas ce mot. J’ai atterri chez Vincent, qui a été parfait. Je suis restée cinq jours chez lui. Au terme de beaucoup d’efforts, j’ai trouvé un travail mieux payé que le premier dans une autre famille avec qui j’ai de très bonnes relations. Puis un appartement dans le XVIIIe, le premier que j’ai visité. Je n’avais quasiment pas de dossier. Le propriétaire aimait bien les Grecs et a eu envie de m’aider, je pense. Il m’est arrivé d’entendre des commentaires racistes du genre : “Ce qui vous arrive est de votre faute”, mais je ne veux pas m’arrêter à ça.

Ça ne m’ennuie pas de garder des enfants. Je suis aussi venue pour apprendre la langue afin de pouvoir retravailler en tant qu’économiste. Je suis patiente et très heureuse, j’ai des amis : c’est une nouvelle aventure. Les Français que je rencontre dans la rue sont sympas. Question d’énergie : si tu dégages quelque chose de positif, on ne te repousse pas.

(Témoignage recueilli par Géraldine Sarratia)

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The Greek-Paris team

Auteur de cet article : The Greek-Paris team

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